lundi 23 octobre 2017

love and information. Kaleidoscope multicolore

Jeudi soir, le théâtre de Morlaix était plein à craquer pour l'ultime représentation de "Love and Information" par le groupe Vertigo. Ce bijou de l'auteure contemporaine britannique Caryl Churchill est un défi excitant pour un metteur en scène et son équipe : Les 50 scènes, 50 très courts instantanés incroyables de justesse, doivent se succéder avec une précision horlogère comme autant de pièces de puzzle serties dans sept parties. Le tout forme un kaléidoscope multicolore dont le fil conducteur pose la question de l'information sous toutes ses formes, de la plus triviale à la plus philosophique.

Une revigorante liberté de ton alliée à un esprit de jeu "so british" traversent  les dialogues ciselés par la dramaturge qui a délibérément omis d'indiquer le contexte et de préciser l'identité et le genre des personnages! Il faut donc une belle imagination pour habiller les scènes, pour mettre en valeur l'équilibre entre légèreté teintée d'absurde et tragique enveloppé de comique, voire de burlesque. Il faut également respecter les mystères de cette pièce qui pose plus de questions qu'elle ne donne de réponses, tout cela sans perdre le spectateur. Enfin, les neuf interprètes doivent successivement incarner une centaine de personnages avec une souplesse d'acrobate et opérer les changements à vue sans casser le rythme de cette partition millimétrée.

Pari tenu. Le metteur en scène et sa troupe ont su allier délicatesse et imagination débordante. Surpris et parfois désarçonnés, les spectateurs se régalent à chaque instant. Ils sont sous le charme de l'éclatant plaisir de jouer que montrent les neuf formidables interprètes et ponctuent chaque scène par des applaudissements et murmures appréciateurs. What's next ? Deux CRS en pleine joute verbale sur l’idolâtrie?  Une malade agée qui soudain repousse les draps pour "aller sur facebook"? Un couple hilare interprétant des cryptogrammes à la Monty Python ? deux marins pêcheurs en quête de sens ?  l'incongru est de mise et les dés sont lancés . A chacun de faire son jeu


  les deux CRS sont fan, fan fan

"bon, ben moi je vais aller sur facebook..."

 La vie rêvée des anges

 mon petit poussin
































 la femme ouvre une porte qui donne sur la montagne
 la femme grosse comme une montagne ne peut pas passer par la porte
 The Queen


samedi 7 octobre 2017

Et si c'était ça la vie ? ( André Minvielle au Roudour )

120 heureux spectateurs ont assisté au concert d'André Minvielle au Roudour dans le cadre de l'Atlantique Jazz Festival et en partenariat avec le festival morlaisien"Les Originales"

Entre expérimental et populaire, André Minvielle gourmet des mots et fin connaisseur-collecteur d' accents a fait la conquête de l'Ouest vendredi. Ce véloce gascon au verbe vitaminé est constamment intelligible, même dans les ribines de son imagin'action ...(et même en yaourt). Poète des mots, agitateur d'idées, acrobate des sons, percussionniste percut'temps au swing fondamental, Minvielle est aussi partageur. Il fait feu de toutes voix y compris de celle du public qui, totalement complice, le suit, jubile et rit avec gourmandise. Et avec lui.

Si l'accent est tonique, il peut se faire grave comme pour "Etranges Etrangers" de Prevert qui fait frissonner la salle. Car chez Minvielle, les mots bougent. Ils bougent de là, ils bougent de sens, de langue, de genre.... Ils roulent dans la vie, y amassent les saveurs, versifient avec les vers de terre mais toujours en rythme déhanché, "en rhizome" dit-il. Et le spectateur mesure ce qu'il faut d'intelligence et de maîtrise pour tracer la voix/voie entre Musette et Jazz, Bach et Bossa, chant des baleines et percussion de beret basque, perché en équilibre sur un "bo vélo de Babel"

 " Et si c'était ça la vie ? " nous chante-t-il en rappel. Euphorisant!