jeudi 15 mars 2018

Duo solaire - Pedro Soler et Gaspar Claus



 Le fils n'a pas tué le père, ni le père réduit l'insolent au silence. Ce n'était pas un duel mais un duo, un ensemble  : "Ce soir, pour nos amis bretons. Mon père et moi, on se fait des baisers sur la bouche via nos instruments de musique, sur scène, devant tout le monde" écrivait le fils avant le concert .

Samedi, le Roudour recevait Pedro Soler (le père) et Gaspar Claus (le fils) devant 150 spectateurs qui ont été transportés par l'excellence de ce duo solaire et inspiré. Dans un dialogue plein d'amour et d'intelligence musicale, le guitariste "archaïque" (selon ses termes) et l'audacieux violoncelliste  improvisateur ont fait souffler un vent de liberté sur le flamenco. Chacun à sa façon y a exprimé l'essence de cet art ancien dont ils ont restitué l'énergie, l'âpreté et l'intensité.

Quand le fils insuffle des courants d'air ascendants à cette musique de plein soleil, le père tient le motif avec superbe et précision. Quand il frôle l'atonalité, il répond par l'épure et le lyrisme contenu. Tous deux explorent ce que cet art ancien recèle dans ses profondeurs, à mille lieues des clichés et des bavardages. Ainsi défié, le flamenco s'ébroue, riche de ces turbulences, régénéré par l'audace, projeté vers le futur. Atemporel.

A l'image de leur relation père/fils, leur musique est passionnante et féconde. Elle raconte une belle histoire de transmission. Sevillanas, bulerias, ou encore ce déchirant dernier morceau qui évoque la figure de la Petenera, femme fatale qui inspira Garcia Lorca, les deux artistes ont délivré une musique bouleversante, ancrée dans Flamenco pour le plus grand bonheur des spectateurs.

 Et à la fin, c est la musique qui gagne



















mardi 27 février 2018

Cuba : Voir . Vu. Etre vu.






































Coeur Mandingue

Ce concert était une première européenne pour le quartet Kala Jula. Ce fut un moment de grande beauté partagée. Les deux virtuoses, Samba Diabaté ( Mali) et Vincent Zanetti ( Suisse) sont des complices de longue date. Leur connaissance intime de la musique mandingue (sud ouest du Mali ) l'un parce qu'il descend d'une remarquable lignée de griots, l'autre parce qu'il l'étudie depuis trente ans, leur permet liberté et créativité grâce à ces solides racines. Vendredi soir au Roudour, ils ont offert une musique actuelle,  épanouie, riche de ses origines.

 Habités par l'esprit mandingue, les deux frères de son ont élargi leur aventure artistique d'origine. Avec Helène Labarrière, contrebassiste enthousiasmante et le formidable Jacky Molard au violon " Nous avons trouvé deux complices qui savent voir l'invisible et parler avec les djinns!" confie Vincent Zanetti. Les quatre musiciens sont en phase, visiblement heureux, merveilleusement inspirés. Leur musique suit les méandres du fleuve Niger, frappe la poussière de la terre rouge et décolle pour aborder ce territoire où spectateurs et musiciens se retrouvent, de concert,  dans cette réjouissante célébration musicale.
























mardi 30 janvier 2018

Lula Pena, mélancolie solaire


 220 spectateurs avaient fait le déplacement au Roudour pour assister au concert de Lula Pena, une artiste rare à plus d'un titre. Cette "nomade inspirée" les a invités à l'accompagner pour un "voyage musical incertain", une aventure sonore singulière. 

Qu'on en juge :  l'artiste déroule son répertoire, sans pause entre les morceaux qui s'agrègent, suivant les aléas du chemin et l'inspiration du moment, prenant le risque de s'aventurer comme pour un véritable voyage. Chaque concert est unique et formidablement présent. 

Déroutant pour quelques uns,  expérience envoûtante pour la plupart, l'auditeur avance sur le fil de sa voix, magnifiquement grave et sensuelle, alternant murmures brumeux et éclats lumineux. Lula Pena joue des distances, des profondeurs de champs et de chant jusqu'à oser le flou. Elle crée des matières sonores et varie les couleurs pour créer un paysage avec lointains dans lequel les langues ( portugais, espagnol, grec, français.... ) et les époques se croisent ou se superposent sans coupures ni frontière.

Par leur écoute, les spectateurs participent à ce voyage libre fragile et aléatoire, ce voyage intuitif qui prend le temps et le pouls des chansons, ici de véritables bijoux animistes.  







dimanche 28 janvier 2018

Marivaux

 1250 spectateurs ont apprécié"#JAHM", une adaptation contemporaine des "Jeux de l'amour et du hasard" de Marivaux interprétée par le théâtre du Rivage. Le théâtre de Morlaix proposait quatre séances, dont trois destinées au public scolaire. Toutes furent jouées à guichet fermé.

 Pour mieux éprouver leurs sentiments, les maîtres y jouent des valets et les valets leurs maîtres .  Chacun croit s'adresser à une personne d'une classe différente de la sienne mais les spectateurs savent à quel point ces couples sont bien assortis. L 'intrigue rebondit sans cesse tandis que les règles se compliquent à foison. A ce jeu le hasard se révélera le véritable maître!


La mise en scène de Pascale Daniel-Lacombe est résolument contemporaine, toute en mouvement,  mais sans dénaturer la langue de Marivaux ni son propos, bien au contraire. Le spectateur peut apprécier la fraîcheur, la jeunesse, la formidable vivacité des acteurs, très présents physiquement ou encore la scénographie qui interroge les rapports maîtres/servants dans un espace qui les rend palpables. Dans un même élan, tout concoure à rendre limpide cette pièce frémissante. Le désir de connaître la vérité des cœurs, le combat entre raison et sentiments, le jeu entre classes sociales sont particulièrement mis en valeur par une mise en scène fluide et sensible qui touche le spectateur.